Dans cet essai, nous allons conduire la Tesla Model S Plaid pour un essai sur route sur les routes européennes. C’était en mai 2018 lorsque Tesla a fait pour la première fois son apparition dans les pages de Car Shooters. Nous avions en essai une Model S 100D, fraîchement restylée. Pour nous, c’était une grande nouveauté : la première électrique, la première Tesla, et toute cette technologie nous avait littéralement laissés bouche bée. Aujourd’hui, pour cet essai sur route un peu itinérant, nous avons la dernière version de cette berline, dans une déclinaison particulièrement intéressante. Nous sommes en effet au volant de la Plaid, forte de pas moins de 1020 chevaux. Jamais aucune voiture n’était allée aussi loin dans nos pages.

Par rapport à nos essais sur route habituels, nous sommes cette fois allés un peu plus loin. Nous avons franchi les frontières nationales pour éprouver ce qu’est réellement l’expérience du voyage à bord d’une voiture électrique. À la faveur d’un pari entre amis, nous nous sommes demandé s’il était possible d’effectuer un long trajet dans des temps comparables à ceux d’une voiture thermique. Nous sommes donc partis de Florence en direction de Bruxelles, pour un parcours de pas moins de 1300 km, avalés entièrement dans la journée.



À peine montés dans la voiture, nous nous dirigeons vers la première étape : le Supercharger de Grandate (Côme, Italie). Près de 400 km durant lesquels nous avons pu tester la véritable autonomie autoroutière de cette nouvelle Model S. Avec un trafic quasi inexistant, et donc une vitesse moyenne très élevée, nous sommes arrivés au Supercharger de Grandate avec 10 à 15 % de charge restante, après avoir parcouru 370 km avec 85 % de batterie. Pas mal du tout ! Malgré les jantes de 21 pouces et les trois moteurs, la consommation est très réduite.



Durant cette courte pause, nous en profitons pour nous restaurer et jeter un œil plus approfondi à la façon dont les intérieurs de la Model S ont évolué. Un beau pas en avant : les changements sont radicaux, même s’ils conservent le classique style minimaliste de la maison américaine. La qualité perçue est élevée ; Tesla a fait des progrès de géant ces dernières années pour remédier à cet aspect critiqué sur les automobiles de la génération précédente. Le principal changement à l’intérieur est la nouvelle disposition des éléments : l’écran central devient désormais horizontal et orientable, pour une consultation des contenus plus aisée. À la différence des Model 3 et Y, on trouve aussi un tableau de bord traditionnel, avec les principales données de conduite. Peu personnalisable, mais il fait tout de même son travail. Grâce à l’affichage des données de conduite sur le combiné, l’écran central dispose de plus de place pour les applications. En effet, toujours à la différence des Model 3 et Y, il est possible de juxtaposer la vue étendue des contenus audio et le navigateur.



Protagoniste incontesté : le fameux Yoke, aussi particulier que critiqué. Au début, il est assez contre-intuitif à utiliser, de nombreuses manœuvres se révèlent inconfortables et laborieuses. Au bout d’un moment on s’y habitue certainement, mais cela ne change pas grand-chose : une commande de direction traditionnelle reste malgré tout plus adaptée. La Model S est née avec le Yoke, ensuite proposé en option au profit d’un volant aux formes plus classiques.



Une vingtaine de minutes et nous reprenons le voyage ; nous arrivons en peu de temps en Suisse où nous trouvons le premier, l’unique et interminable bouchon de tout le trajet. Un bouchon dû à l’entrée limitée dans le tunnel du Gothard. Grâce aux faibles limitations de vitesse helvétiques et au trafic, la consommation moyenne baisse, ce qui permet d’avoir une autonomie sensiblement supérieure. Après un nombre interminable d’heures, une fois le tunnel traversé, vu la fatigue nous décidons de faire une halte pour nous reposer. Selon nos estimations, la voiture nous permettrait de parcourir encore plus de 200 km. Pour ne pas rendre l’arrêt inutile, nous anticipons la recharge et faisons donc un pit-stop au Supercharger de Flüelen, situé peu avant Lucerne.



Ce Supercharger particulier donne sur un lac et dispose d’un petit salon avec canapés, climatisation et distributeurs de boissons. Dans ce cas, c’est nous qui nous sommes fatigués avant la voiture : la recharge a donc été un peu inefficace, car nous étions partis avec plus de 50 % de SoC. En quelques minutes, nous sommes donc repartis avec la batterie presque entièrement chargée.



Après une courte promenade pour nous dégourdir les jambes, nous jetons également un œil plus approfondi aux extérieurs de la nouvelle Model S. Les changements sont assurément moins évidents, la ligne étant restée pratiquement inchangée. La voiture a été élargie pour faire face à une puissance aussi élevée, il n’y a plus de chromes et le dessin de la partie arrière change légèrement, puisque le bandeau qui interrompait les feux n’est plus présent et que ces derniers ont également été assombris.



Arrivés enfin à Bâle, nous faisons un petit détour par rapport au parcours initial en nous dirigeant vers les autobahn teutonnes. Nous avons ainsi pu dégainer les 1020 chevaux de cette berline. Nous réglons le mode Plaid sur le moniteur central et écrasons la pédale de droite. Les trois moteurs (deux à l’arrière et un à l’avant) fournissent une poussée que qualifier d’impressionnante est peut-être réducteur : jamais rien essayé de tel. La première fois, cela intimide ; les suivantes, cela vous coupe le souffle. À n’importe quelle vitesse où l’on décide d’enfoncer l’accélérateur, la Model S Plaid vous colle au siège. Le 0 à 100, déduction faite du temps de rollout, est expédié en 2,1 secondes ; plus impressionnant encore, le 0 à 200 est bouclé en 7 secondes environ. Stupéfiant pour une berline de ce gabarit. La vitesse maximale que parvient à atteindre la version en essai est de 260 km/h, autolimitée. En l’équipant du track package, on débloque une vitesse maximale de 322 km/h.



Les trois moteurs de la Model S Plaid sont revêtus de fibre de carbone et non d’un alliage métallique plus traditionnel. Grâce à cela, les moteurs autorisent des régimes de rotation très élevés sans les problèmes liés aux fortes températures. De plus, la gestion thermique de la batterie, fruit de l’indéniable savoir-faire de Tesla dans la réalisation de voitures électriques, permet de conserver ces performances et cette réactivité pratiquement inchangées jusqu’à 20 % d’état de charge.



Halte suivante en France, au Supercharger de Vendenheim, dans les environs de Strasbourg. Une station de recharge sur le parking d’un grand centre commercial. Un allié précieux durant ce voyage aura été le système d’aide à la conduite Autopilot, désormais entièrement basé sur Tesla Vision. Régulateur de vitesse adaptatif et maintien dans la voie s’appuient dorénavant uniquement sur les caméras dont l’automobile est équipée. Autre petite attention que nous fait cette voiture : l’écran destiné aux passagers arrière, sur lequel il est possible de regarder Netflix, YouTube, Disney Plus ou Twitch, y compris en roulant.



Dernière halte peu après l’entrée en Belgique, au Supercharger d’Arlon, cette fois situé sur le parking d’un grand hôtel. N’ayant pas de possibilité de recharge à destination, nous décidons de rester quelques minutes de plus.

Nous arrivons donc à Bruxelles en fin de nuit avec environ 25 % de charge restante. Le total des temps de recharge pour parcourir 1300 km a été d’une heure et vingt minutes, réparties sur 4 arrêts (Grandate, Flüelen, Vendenheim et Arlon). La réponse à la question de départ est donc -oui- : il est possible d’effectuer un voyage aussi long dans des temps tout à fait comparables à ceux d’une automobile thermique.



Le lendemain, nous nous consacrons à l’exploration de Bruxelles en parcourant les rues de la ville dans le confort et le silence les plus totaux. Grâce à de petits haut-parleurs placés dans les appuie-tête, la Model S offre un système particulier d’annulation du bruit. En l’activant, le bruit provenant du roulement des pneus et du trafic extérieur est sensiblement atténué. Un confort exceptionnel dû également au système de suspensions pneumatiques, grâce auquel il est aussi possible de faire varier la hauteur de l’automobile selon les conditions. Les jours suivants, nous nous sommes consacrés aux autres villes belges, en parcourant un total de 5000 km en dix jours, sans le moindre problème.



Au moment de la publication, la Model S n’est évidemment pas éligible aux aides à l’échelle nationale, et elle part de 95 990 euros dans la version Long Range, pour atteindre 110 990 euros dans la version Plaid. Toutes les teintes sont de série, sans supplément. Il est possible de la configurer avec le jeu de jantes de 21 pouces pour 4 950 euros, de changer la couleur de l’intérieur pour 2 500 de plus, d’ajouter le Yoke pour 1 000 et de choisir la version de l’autopilot pour 3 800 (avancé) ou 7 500 euros (FSD) supplémentaires. Des prix assurément peu communs, mais parfaitement en ligne avec ce que cette berline parvient à offrir. Un mélange parfait de performances, d’autonomie, de confort et de capacité de recharge encore hors d’atteinte pour beaucoup d’autres marques.
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